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Bénin : La FSS de Cotonou accueille un atelier sur la médecine endogène béninoise

La Faculté des Sciences de la Santé (FSS) de Cotonou abrite, depuis ce jeudi 16 juillet 2026, un atelier scientifique sur la réalité de la médecine endogène béninoise. Cet atelier co-organisé par la Faculté des Sciences de la Santé (FSS) et la Faculté des Sciences et Techniques (FAST), sous la coordination de l’Autorité de Régulation du secteur de la Santé (ARS), porte sur le thème : « La médecine traditionnelle au service de la santé : séance d’information pour les acteurs de la médecine moderne ».

Par : Is-Deen TIDJANI
© BOULEVARD DES INFOS

C’est un changement de paradigme qui s’observe désormais dans la collaboration entre les acteurs de la médecine endogène béninoise et la médecine conventionnelle ou moderne. C’est du moins ce que traduit l’atelier scientifique qui réunit des professionnels de la médecine béninoise, des étudiants en médecine et en pharmacie, des paramédicaux, des biologistes, des modérateurs, des assistants de salle et des professionnels des médias durant deux jours à Cotonou.

La Professeure CAPO-CHICHI Callinice, Biologiste moléculaire spécialisée en biochimie et nutrition, co-organisatrice de l’atelier, souligne que ces assises visent à « montrer l’importance de la médecine traditionnelle dans notre métier. J’ai trouvé qu’il est utile de présenter cela aux deux parties ».

Le Professeur Josué AVAKOUDJO, Doyen de la Faculté des Sciences de la Santé (FSS), dans son discours de lancement officiel de l’atelier, rappelle que selon une conclusion de l’OMS, « une grande majorité des populations africaines recourent à la médecine traditionnelle pour leurs soins primaires. Nos hôpitaux le savent, nos consultations le confirment chaque jour : le patient béninois ne choisit pas entre deux mondes, il les traverse. Il consulte le médecin le matin et le guérisseur le soir… C’est cette clandestinité du recours que nous voulons faire cesser, en substituant au silence mutuel un espace de vérité et d’écoute ».

Dans le même sens, le Dr Lucien DOSSOU-GBÉTÉ, Président de l’Autorité de Régulation du secteur de la Santé (ARS), justifie la pertinence de ces assises qui vont, selon lui, véritablement changer la donne : « C’est heureux que le cœur même de la science en matière de santé au Bénin accueille cet atelier… Cet atelier va permettre aux deux mondes, celui de la médecine traditionnelle et celui de la médecine moderne, de se parler. Et pour se parler, il faut que chacun se montre sous son vrai visage ».

Il faut préciser que plusieurs communications meubleront les deux jours d’atelier. Elles permettront aux différents intervenants de présenter leurs spécificités et de partager leurs expériences.

Les participants se prononcent

Dr Aristide TALON : « (…) Aujourd’hui, ce sont deux pratiques qui se croisent. Mon souci particulier, c’est que nous puissions mettre ensemble nos savoir-faire, c’est-à-dire la façon d’utiliser les moyens dont nous disposons pour gérer les maux. La médecine est une science qui comporte des pratiques de formation. Quand on vient à la médecine traditionnelle, on est beaucoup plus dans la transmission des connaissances sur les plantes. Le plus important, c’est de voir dans quelle mesure il faut mettre en accord ces connaissances avec les praticiens de la médecine dite moderne, pour voir ce que nous pouvons en extraire et comment aller vers la guérison. Fondamentalement, pour moi, il s’agit de l’utilisation de nos savoirs phytothérapeutiques pour traiter et soigner les maladies qui pourraient être identifiées. Mais il faudrait que le soignant issu de la médecine moderne puisse utiliser ses moyens et les confronter à ces pratiques et à la recherche. Ce qui est le plus intéressant, c’est le dialogue qui va réunir les deux. Aujourd’hui, nous, le Bénin, nous sommes dans la meilleure approche, parce qu’une chose est de dire qu’on va chercher le médicament pour soigner, une autre est de connaître de quoi il s’agit. »

Professeure CAPO-CHICHI Callimice, biologiste moléculaire, spécialisée en biochimie et nutrition : « (…) Après avoir participé à des ateliers avec l’Autorité de Régulation de la Santé, j’ai compris qu’il faut que les scientifiques interviennent pour faire le pont entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle. Et en ce sens, comme je suis habituée aux mécanismes moléculaires de la pharmacie et des plantes, j’ai dit qu’il serait utile de présenter aux deux parties que toutes ces molécules participent à la régulation de la maladie. L’atelier qui regroupe les médecines moderne et traditionnelle vise à montrer aux étudiants qu’au-delà de la formation, ils doivent s’intéresser à la médecine traditionnelle, parce que les deux concourent à l’amélioration de la santé. Et entre les deux, il y a les scientifiques qui vont montrer où agissent les molécules qu’ils utilisent. Tout le monde saura qu’il ne suffit pas seulement d’aller à l’hôpital, mais qu’il faut aussi intégrer la médecine traditionnelle si l’hôpital n’arrive pas à vous guérir. »

Lucien DOSSOU-GBÉTÉ, Président de l’ARS : « (…) Il y a un adage qui dit que quand on ne sait pas où on va, il est important de savoir d’où on vient. Et quand on regarde le Bénin, il est vraiment question de se demander où va ce monde dans lequel nous sommes, car nous sommes toujours en situation d’être tirés par le monde. Nous ne décidons de rien, parce que c’est le monde qui gouverne. Nous sommes entrés dans la globalisation des deux pieds et nous subissons. C’est heureux que le cœur même de la science en matière de santé au Bénin accueille cet atelier. C’est comme pour nous dire que nous devons tous arrêter d’être schizophrènes : le matin chez le médecin moderne, l’après-midi chez le tradipraticien, et vice-versa, et en étant chez l’un, ne pas être tout à fait à l’aise d’avoir trahi l’engagement pris envers le premier. Il faut qu’on arrête. Cet atelier va permettre aux deux mondes, celui de la médecine traditionnelle et celui de la médecine moderne, de se parler. Et pour se parler, il faut que chacun se montre sous son vrai visage. Le monde de la médecine endogène, de la médecine holistique, de la médecine traditionnelle, de la médecine béninoise, peu importe l’appellation, soyons sûrs que nous parlons de la même chose : c’est-à-dire comment autrefois nos ancêtres se soignaient, et se soignaient bien. C’est de cela qu’il est question. Ils vont nous montrer et nous allons échanger, nous allons apprendre. Chacun, quel que soit son camp, va apprendre. Et nous sommes tous d’accord que nos méthodes, nos médicaments ou nos remèdes ont des limites. Et en tant qu’humains, nous devons reconnaître ces limites. »

Josué AVAKOUDJO, Doyen de la FSS : « (…) Il y a des rencontres qui ne doivent rien au hasard. Celle qui nous réunit aujourd’hui en est une. Pendant deux jours, cette Faculté, lieu consacré à la science, à la rigueur, à la démonstration, va accueillir en son sein une parole longtemps tenue à distance : celle des dépositaires de nos savoirs ancestraux, les tradipraticiens de ce pays. Nous les accueillons non pas comme des curiosités folkloriques, mais comme des interlocuteurs.

Pourquoi ce dialogue, et pourquoi maintenant ?


Parce que la réalité est têtue. L’Organisation Mondiale de la Santé nous rappelle qu’une grande majorité des populations africaines recourent à la médecine traditionnelle pour leurs soins primaires. Nos hôpitaux le savent, nos consultations le confirment chaque jour : le patient béninois ne choisit pas entre deux mondes, il les traverse. Il consulte le médecin le matin et le guérisseur le soir, ou l’inverse, et souvent sans le dire ni à l’un ni à l’autre. C’est cette clandestinité du recours que nous voulons faire cesser, en substituant au silence mutuel un espace de vérité et d’écoute.
Le Gouvernement de notre pays a inscrit la médecine traditionnelle dans les grands projets de société portés par Son Excellence le Président de la République. Ce choix politique n’est pas un hasard non plus : il traduit une conviction que notre patrimoine thérapeutique, longtemps relégué, mérite d’être regardé en face, étudié, documenté, et là où cela est possible, validé. Notre Faculté a le devoir d’accompagner cette dynamique nationale, non par complaisance, mais par responsabilité scientifique.

Ce que nous attendons de ces deux jours :

Pendant quarante-huit heures, la parole sera donnée à ceux qui, jusqu’ici, parlaient surtout à voix basse. Chaque communicateur disposera de trente minutes pour exposer sa pratique et ses résultats. Nous les écouterons avec sérieux. Nous les interrogerons aussi, car le respect ne dispense jamais de la question, et la question est la plus haute forme de considération que la science puisse offrir à un savoir.

Le grand Jean Pliya, notre compatriote, historien, dramaturge et ancien Recteur de cette même université, rappelait dans son théâtre que lorsque la cadence d’un tam-tam change, il faut aussi que change le pas des danseurs. Le monde a changé. Le Bénin change. Notre système de santé doit apprendre de nouveaux pas, sans pour autant renier la musique qui l’a porté depuis des siècles. C’est tout l’enjeu de la complémentarité que plusieurs de nos intervenants évoqueront : ni fusion hâtive, ni ignorance mutuelle, mais un dialogue organisé, encadré, exigeant.

Et parce que ce dialogue suppose parfois l’inconfort de la remise en question, laissez-moi convoquer une dernière fois la sagesse de nos lettres. Ahmadou Kourouma rappelait qu’une morsure a ceci d’instructif qu’elle révèle à chacun la présence de ses propres dents. Que les échanges de ces deux jours soient parfois vifs, qu’ils bousculent nos certitudes respectives, médecine moderne comme médecine traditionnelle, voilà qui ne doit pas nous effrayer. C’est le signe même qu’un dialogue véritable est en train de naître, et non une simple juxtaposition polie de discours.

Notre espérance commune :

Au terme de cet atelier, notre ambition n’est pas seulement d’avoir écouté et débattu. Elle est de poser les fondations d’un cadre formel de dialogue entre les acteurs de la médecine moderne et ceux de la médecine traditionnelle béninoise, un cadre où le référencement mutuel des patients, la recherche scientifique sur nos plantes médicinales, la formation croisée et la surveillance partagée des maladies deviennent des pratiques normales, et non des exceptions courageuses.

Chers étudiants en médecine, en pharmacie, en sciences paramédicales : vous qui hériterez demain de ce système de santé, regardez, écoutez, questionnez. Vous êtes les premiers témoins d’un moment que notre pays construit patiemment : celui où la souveraineté sanitaire du Bénin s’écrit avec toutes ses mémoires, et non contre l’une d’elles.

C’est donc avec confiance, avec exigence et avec humilité que je déclare ouvert cet atelier scientifique sur la réalité de la médecine endogène béninoise.
Je vous remercie de votre attention, et je souhaite à chacune et à chacun d’entre vous des échanges fructueux et féconds. »

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