(Message d’engagement de Abdoulaye Bio Tchané)
Cotonou abrite depuis lundi 8 Septembre 2025, les assises de la 7ème édition des Journées Béninoises de l’Évaluation (JBE). L’édition de cette année porte sur le thème : « L’inclusion, levier d’un système national d’évaluation axé sur les résultats». Pendant 3 trois, les participants venus de divers secteurs d’activités, de l’Afrique et du monde se partageront des expériences afin de se doter de stratégies innovantes et adaptées aux défis du moment.
Par : Is-Deen TIDJANI
© BOULEVARD DES INFOS
Initiées par la Direction Générale de l’Évaluation et de l’Observatoire du Changement Social (DGEOCS) sous la coordination du Ministère du Développement et de la Coordination de l’Action Gouvernementale, les journées Béninoises de l’Évaluation (JBE) ambitionnent de doter les acteurs du secteur d’outils d’évaluations plus efficaces et arimés aux défis actuels.
En vogue depuis 2010 au Bénin, ces journées sont organisées chaque deux ans et regroupent des experts du monde entier à Cotonou. Pour Abdoulaye Gounou, Directeur Général de l’Évaluation et de l’Observatoire du Changement Social, les présentes assises constituent un rendez-vous important quand on sait que la pratique des évaluations permet de façonner l’avenir des nations.
« (…) En tant qu’acteurs engagés du secteur public, des décideurs politiques, des chercheurs et des praticiens, vous êtes ici au cœur d’un moment clé pour façonner l’avenir de nos politiques publiques. L’inclusion, loin d’être un concept abstrait, doit être un principe concret et transversal dans l’évaluation de toutes nos politiques publiques. Elle ne doit pas être perçue comme un simple objectif supplémentaire, mais bien comme une condition indispensable pour mesurer l’efficacité de nos actions et la manière dont elles impactent réellement la vie des citoyens, en particulier ceux qui sont souvent laissés pour compte.» a-t-il déclaré à l’entame de ses mots de bienvenu.
Abdoulaye Gounou a aussi rappelé le chemin parcouru par le Bénin sur le sentier de l’évaluation en soutenant que « (…) depuis près de deux décennies, le Bénin s’est engagé dans la promotion de l’évaluation des politiques publiques comme un outil de développement et a réalisé des progrès significatifs sur le sentier de l’institutionnalisation de l’évaluation. Il l’a considérablement consolidée grâce à son système national d’évaluation structuré et robuste, une démarche saluée sur les scènes africaines et internationales et attestée par de nombreux partenaires en évaluation. Dans ce processus, l’un des défis structurels majeurs auxquels le pays est confronté reste la faible utilisation des résultats de l’évaluation dans les processus décisionnaires.» Et d’ajouter que « (…) les évaluations ne serviraient à rien si leurs trouvailles ne sont pas utilisées, du coup favorisant conséquemment la répétition des erreurs et la mise en œuvre de décisions mal orientées et inadaptées aux besoins fondamentaux des populations.»
Exhortations
Dans ses propos, le Directeur Général de l’Évaluation et de l’Observatoire du Changement Social, argue que « (…) dans un contexte où la performance et les résultats sont de plus en plus attendus par les populations, il est primordial de réfléchir à un système d’évaluation qui dépasse la simple mesure des outputs et qui s’intéresse véritablement aux outcomes, c’est-à-dire les réels changements que nous produisons dans la vie des individus et des communautés, notamment ceux qui sont les plus vulnérables. Aujourd’hui, nous avons une occasion exceptionnelle de repenser notre approche de l’évaluation des politiques publiques. Comment évaluer non seulement les objectifs atteints, mais aussi la manière dont nos politiques contribuent à une société plus inclusive et plus équitable. L’inclusion doit devenir le fil conducteur de nos pratiques évaluatives, car elle touche le cœur de l’efficacité et de la durabilité de nos actions publiques. Cette septième édition d’un Journée béninoises de l’évaluation permettra de réfléchir sur les mécanismes pouvant permettre de renforcer l’utilisation des résultats d’évaluation au Bénin.»
Il reste pour sa part convaincu que « (…) les discussions, les échanges d’idées, les expériences partagées, nous permettront d’avancer ensemble vers un modèle d’évaluation plus juste et plus pertinent, capable de mesurer les impacts réels de nos politiques publiques et de garantir qu’aucune personne, quelle que soit sa situation, ne soit laissée de côté. Ce thème reflète les débats actuels au sein des communautés internationales de l’évaluation, qui appellent à une gouvernance plus inclusive et à une utilisation plus accrue des résultats pour orienter l’action publique… Il s’inscrit dans une dynamique où l’évaluation devrait être un outil stratégique de transformation des politiques en lien direct avec les objectifs de développement durable. Il répond aux défis de la faible utilisation des résultats d’évaluation dans les processus décisionnels et permet de valoriser les approches participatives adaptées au contexte à la fois national et local de notre pays. Nous discuterons spécifiquement pendant cette conférence des méthodes innovantes d’inclusion et de participation comme clé de l’utilisation de l’évaluation, de la décolonisation et de l’endogénéisation en ce qui concerne les pratiques évaluatives pour renforcer l’utilisation, des rôles des associations nationales d’évaluation dans la promotion de la culture de l’utilisation des résultats d’évaluation, des rôles des acteurs des systèmes nationaux d’évaluation pour le renforcement de l’utilisation des résultats d’évaluation, de la budgétisation sensible aux résultats d’évaluation à travers les enjeux, les défis et les pistes d’action au Bénin en Afrique, des technologies et l’utilisation des résultats d’évaluation du genre et l’évaluation inclusive afin de garantir la prise en compte des besoins spécifiques des groupes marginalisés dans les politiques publiques et enfin de l’utilisation des connaissances scientifiques en ce qui concerne les données d’évaluation dans les processus décisionnaires.»
Engagement des partenaires techniques et financiers
À sa suite, Yves Dutand, représentant du représentant résidant du pnud au Bénin a signifié que ces journées loin d’un simple rendez-vous, traduisent l’engagement du Bénin à renforcer la culture de l’évaluation et bâtir des politiques publiques plus efficaces et plus justes.
À l’entendre, « (…) le thème retenu cette année, l’inclusion levée d’un système national d’évaluation axé sur les résultats, est particulièrement pertinent. Il reflète une conviction forte que, comme politique publique, nous pouvons être pleinement efficaces si nous ne prenons pas en compte toutes les voix, toutes les réalités et toutes les vulnérabilités. Ici, c’est parfaitement dans l’agenda 2030 et les objectifs de développement du RAP, des ODD, pour qu’une évaluation soit véritablement transformative et doit être inclusive. Cela signifie pour nous de Réussir à l’implication des populations, sauf absence de processus décisionnaire comme les femmes, les gens, les personnes vivant avec un handicap, les populations rurales, etc. Valoriser les savoirs locaux et communautaires pour enrichir les méthodes d’évaluation ; Promouvoir la participation citoyenne dans toutes les étapes de l’évaluation, de la planification, au moment où nous nous préparons à évaluer notre plan 4 de coopération des Nations Unies pour le développement du RAP depuis 2023 jusqu’en 2026. On a pris en considération tout l’aspect de la diversité pour assurer que les données collectées soient agréables et représentatives de la diversité des réalités sociales.»
Lancement officiel
Abdoulaye Bio Tchané, Ministre d’État chargé du développement et de la coordination de l’action Gouvernementale a procédé au lancement officiel des travaux. Au pupitre, il insistera sur la pertinence de ses assises biennales qui regroupent à Cotonou des acteurs autour du débat sur l’efficacité des systèmes d’évaluation.
« (…) Cet événement biennal devenu un rendez-vous incontournable du débat sur l’efficacité de l’action publique en Afrique, sauf cette année sous un thème qui mérite notre attention. Mesdames et messieurs, nous vivons une période où l’aide publique au développement se réduit de manière significative. Autrefois moteur important du financement du développement, cette aide se contracte sous l’effet des crises mondiales et du redéveloppement des priorités de nos partenaires et des partenaires de fonds. Cette situation nous interpelle et nous oblige à agir autrement, en valorisant davantage nos propres ressources financières, humaines et institutionnelles, mais aussi en innovant. C’est dans ce contexte que l’évaluation prend toute son importance. Elle n’est ni un exercice formel, ni un simple mécanisme de contrôle administratif. Elle constitue un outil stratégique de pilotage des politiques publiques, une boussole pour orienter l’action, corriger les insuffisances et surtout capitaliser sur les réussites. Elle est avant tout un instrument stratégique pour guider l’action publique, améliorer la performance des politiques et garantir une meilleure allocation des ressources. Et comme l’affirme Sénèque, je cite, « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Osons donc ancrer la gouvernance dans la preuve et donc dans les faits et les données. Notre pays s’est déjà engagé résolument sur ce chemin. L’adoption en 2024 de la loi sur la planification et développement et sur l’évaluation des politiques publiques a marqué un tournant décisif. Et la présence ici d’une dizaine de ministres n’est pas que symbolique, elle traduit la détermination du gouvernement à mettre en œuvre justement ses politiques et à engager ses réformes. Les résultats probants sont aussi importants. Alors qu’en 2022 et 2024, les ministères formulaient en moyenne quatre demandes d’évaluation par an, le deuxième trimestre de 2025 en a déjà enregistré 14. La dynamique est donc enclenchée. Cette évolution traduit une conviction profonde. La vision 2060 ALAFIA, un monde de splendeur, ne pourra se réaliser que si elle est portée par une gouvernance axée sur les résultats, où chaque politique est conçue, suivie et ajustée à la lumière des données probantes. Mesdames et Messieurs, au Bénin, nous pouvons être fiers du chemin parcouru. La politique nationale de l’évaluation 2025-2034 et sa stratégie 2025-2029 ouvrent une nouvelle étape pour renforcer l’institutionnalisation. De cette évaluation, un défi demeure. L’utilisation effective des résultats dans la prise de décision tarde assez souvent. Trop souvent, les rapports d’hommes suivent les étagères alors qu’ils devraient éclairer l’action. Et comme l’a dit Winston Churchill avec humour, je préfère les statistiques à la superstition, même si parfois elles sont toutes aussi trompeuses. Autrement dit, mieux vaut agir avec des preuves imparfaites que gouverner à l’aveuglette.
C’est ainsi que le thème de cette édition prend toute sa pertinence. L’inclusion ne signifie pas seulement ouvrir les portes de l’évaluation à un plus grand nombre. Elle signifie aussi donner voix aux citoyens, aux communautés locales, aux jeunes, aux femmes et aux groupes vulnérables. Inclure, c’est renforcer la pertinence de l’appropriation des résultats. Inclure, c’est aussi bâtir un consensus national autour de l’action publique et garantir que l’évaluation devienne un outil partagé par tous. Mesdames et Messieurs, Mesdames et Messieurs les Ministres, votre participation à cette journée atteste de votre engagement commun pour une culture de l’évaluation qui soit à la fois scientifique, inclusive et orientée vers l’impact. Nous devons poursuivre nos efforts pour que chaque évaluation prévue soit non seulement réalisée, mais aussi et surtout discutée, partagée et utilisée.» a-t-il conclu.
Pour le compte de cette deuxième journée, il sied de rappeler que les participants auront droit à une communication, trois panels (de les panels 4, 5 et 6) ainsi qu’à deux sessions parallèles.


