Politique
A la Une

Bénin : Vers la création d’un nouveau groupe parlementaire ?

Par : Is-Deen TIDJANI
© BOULEVARD DES INFOS

Vendredi 31 Octobre 2025, Six députés membres du parti d’opposition « Les Démocrates » ont saisi la tribune de la deuxième session ordinaire de la 9ᵉ législature qui se tenait au palais des gouverneurs à Porto-Novo, pour annoncer leur départ du groupe parlementaire « Les Démocrates ». Parmi eux figurent notamment Michel Sodjinou ainsi que les députés Joël Godonou, Chantal Adjovi, Léansou Do‑Régo, Dénise Hounmènou et Constant Nahum.

À la faveur de leurs déclarations, ils ont opté pour devenir « non-inscrits » conformément au règlement intérieur de l’Assemblée Nationale.

Les transfuges du parti présidé par l’ancien Président Boni Yayi ont évoqué « des pratiques internes regrettables » et une « gouvernance minée par une paranoïa destructrice ».

Ces départs fragilisent à n’en point douter, la cohésion de l’opposition parlementaire et ravivent le questionnement sur la reconfiguration des forces en présence à l’Assemblée nationale.

Vers la création d’un nouveau groupe parlementaire ?

Dans le contexte de ces départs, une opportunité apparaît : celle de constituer un nouveau groupe parlementaire indépendant de leur parti originel, « Les Démocrates ». Un tel mouvement, s’il se mettait en place, pourrait modifier considérablement l’équilibre à l’hémicycle et renforcer la marge de manœuvre des députés de la mouvance présidentielle qui pourront compter certainement sur l’appui des« non-inscrits » ou « dissidents ».
Mais pour que ce scénario voit le jour, plusieurs conditions juridiques et politiques doivent converger.

Cadre légal

Le règlement intérieur de l’Assemblée Nationale du Bénin prévoit entre autres que les députés s’organisent en groupes parlementaires par parti représenté ou par affinité politique. Mieux, les textes du législateur rappellent qu’aucun groupe ne peut comprendre moins de 10 % de l’effectif total des députés de l’Assemblée.

En outre, un député ne peut faire partie que d’un seul groupe et que celui qui démissionne d’un groupe reste non-inscrit jusqu’à la fin de la législature.

Ainsi, pour constituer légalement un nouveau groupe, un nombre suffisant de députés — soit au moins 10 % des 109 sièges (soit environ 11 députés) — doit se rassembler autour d’une déclaration écrite déposée auprès du doyen d’âge ou du président de l’Assemblée.

Enjeux et perspectives !

Si les députés dissidents de « Les Démocrates » parvenaient à réunir ce seuil, ils pourraient : bénéficier d’un statut de groupe avec des droits accrus (temps de parole, sièges dans les commissions) ; se positionner comme « groupe d’ouverture » ou « troisième force » parlementaire, susceptible de négocier à la marge avec la majorité ou l’opposition.

En revanche, en l’absence de seuil suffisant, ces députés resteraient « non-inscrits », avec une influence limitée. Par ailleurs, leur volonté de « collaborer avec toutes les bonnes volontés qui partagent leur vision d’un Bénin plus démocratique et plus équitable », comme ils l’ont indiqué lors de leur départ du parti « Les Démocrates » constitue un signal politique fort.

Conséquences pour l’équilibre parlementaire

La mise en œuvre d’un nouveau groupe parlementaire pourrait avoir plusieurs impacts. D’un côté, cette faisabilité entraînerait de facto, un affaiblissement de l’opposition traditionnelle. En effet le groupe parlementaire « Les Démocrates », déjà minoritaire, perdrait davantage d’élus, réduisant leur poids parlementaire.

Sur un autre pan, on assisterait plus ou moins à un réajustement des majorités de fait. Un nouveau groupe parlementaire pourrait servir de pivot ou de « faiseur » d’alliances ponctuelles, modifiant la dynamique de vote sur certains textes.

La dernière paire de manche se résumerait à un groupe de pression accrue sur la majorité existente. Dans le cas d’espèce, la majorité parlementaire pourrait devoir négocier davantage, si ce nouveau groupe incarne une forme d’indépendance constructive.

In fine, la reconstitution d’un nouveau groupe parlementaire présente des risques de fragmentation. La multiplication des groupes parlementaires affaiblit la clarté des blocs et parfois leur capacité à s’organiser efficacement.

Somme toute, le départ des six députés du parti « Les Démocrates » ouvre un moment de recomposition au sein de l’Assemblée nationale du Bénin. La création d’un nouveau groupe parlementaire représente une option potentiellement stratégique, mais elle n’est ni automatique ni garantie. Elle dépendra notamment de la capacité des dissidents à convaincre les élus des autres blocs, mais surtout à se structurer politiquement autour d’un projet crédible.
Dans tous les cas, ce mouvement illustre que la scène politique béninoise reste en mouvement alors que se profilent les élections communales et locales ainsi que législatives de 2026.

Abonnez-vous à la chaîne WhatsApp du © BOULEVARD DES INFOS

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page